Gran Torino

Morse, de Tomas Alfredson

Låt den rätte komma in (titre original suédois)

Let the right one in (titre américain)

Le film commence sur un plan fixe. De la neige tombe sur un fond sombre,
on ne voit pas où l'on est. Puis une voix d'enfant parle et prononce un mot que l'on ne comprend qu'en lisant le sous-titre (je pars bien sûr du principe que personne ne fera à ce film l'insulte de le doubler) : "Crie", dit la voix, "Crie comme une truie." Le ton est donné : froid, étrange, malaise.

Morse (titre français dont je ne vois pas l'intérêt) raconte l'histoire de Oskar, petit garçon de 12 ans maltraité à l'école par ses méchants camarades de classe. Il est parcouru de désirs de vengeance, mais ne les réalise pas. De nouveaux voisins arrivent un soir. Il y a un homme assez vieux, et une petite fille. La musique, peut-être trop insistante, nous fait comprendre qu'ils ont un secret, et potentiellement un secret dangereux. Et en effet, assez vite, l'homme tue quelqu'un et essaie de récupérer son sang. Quant à la petite fille, elle ne sort que la nuit, mais devient l'amie d'Oskar lors de ses sorties nocturnes dans la cour de leur immeuble. Une variation sur le mythe des vampires, donc, qui réussit assez bien à ce niveau-là.
Mais si Morse glace le sang, ça n'est pas de terreur, mais de froid. Bien sûr, c'est peut-être la climatisation de ce petit cinéma de
Bastille qui a joué, ou les paysages enneigés et glacés de la Suède, où se déroule le film. Mais la lenteur du film, son manque de dialogues et d'action contribue à cette impression de froideur. J'ai eu du mal à ressentir les sentiments, à m'attacher aux personnages. Tout est lent et magnifique, les images sont superbes. L'ambiance de l'hiver suédois (froid, neige épaisse, nuit très longue) est très bien exploitée, mais tout cela reste dans l'esthétique.

Moi et mes habitudes Hollywoodienne, on voulait plus de rythme, plus d'action. Moi et mes habitudes française, on voulait plus de sentiment, plus de psychologie, alors que Morse ne reste qu'à la surface des personnages.
Et pourtant, je ne parviens pas à dire si j'ai aimé ce film ou pas. Parce qu'il a un gros atout, il présente une histoire magnifique, très bien construite. Le film est lent et pourtant, il se passe des tas de choses dans ses 114 minutes. On ne s'ennuie pas, c'est juste le rythme qui nous rend contemplatif. Nous suivons le petit héros, et sa voisine, et des gens de leur quartier dans toutes les conséquence que les nouveaux arrivants entraînent.
Ce qui me gêne surtout dans ce film, c'est que jamais n'est posée de question morale. C'est un parti-pris qui se justifie, et le film gagne bien sûr à ne pas être manichéen. Mais un film de vampire, même quand le vampire est gentil, c'est un film où une personne doit tuer d'autres humains pour survivre et ça, personne ne semble poser la question de savoir si c'est juste. Restent des images magnifiques, une histoire passionnante malgré le rythme contemplatif, et un plan de fin, court et tout simple, qui vaut le coup à lui seul. Si vous ne devez voir qu'un film de vampire cette année, allez voir Morse, pas Twilight.

De Anne

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