Copie Conforme
Ce film internationale – franco-italiano belge – est un parfait exercice de style que ce soit pour les acteurs, le réalisateur et
même scénariste. L’histoire aurait pu être banale : une lectrice passe une journée avec un écrivain qu’elle apprécie. On sait que
c’est une mère célibataire, à l’aise avec les langues – elle parle couramment l’anglais, le français et l’italien – elle possède un
sibyllin magasin d’antiquité et apparemment un complexe par rapport à sa sœur. On découvre cette femme à peu près au même rythme que
l’écrivain et dès les premiers échanges comme l’écrivain, on ne sait pas si elle est schizophrène ou juste provocatrice. Ils finissent
dans un petit village très touristique ou les couples viennent se marier à la chaine. Dans un café, le débat sur la valeur d’une copie
continue d’exalter la femme et de mettre sur la défensive l’homme. Ce dernier sort téléphoner et la serveuse donne son avis à la femme
sur son couple. Démarre alors le récit d’un couple qui n’existe pas vraiment mais la passion qui en découle lui amène les larmes.
Quand l’homme revient et comprend la nouvelle règle du jeu, il hésite mais la suit timidement. Finalement tous comme l’écrivain, on
suit cette femme sans savoir vraiment si elle est folle alliée ou en plein jeu de rôle. Les règles n’ont pas été fixées et le ton
monte comme un vieux couple lassé.
Ce film laisse un certains nombre de question en suspend et la principale est :
ont-ils déjà « joués » ensemble avant ? La réponse n’est pas évidente mais participe à l’ambiance et la qualité du film.
Si Juliette Binoche investit ce rôle complexe avec beaucoup de grâce et mérite sa récompense au festival de Cannes, ce n’est pas
la seule chose qui m’a plus. Le vrai atout de ce film, ce qui en fait un exercice de style réussi ce sont les langues. Ce dialogue
tantôt en français tantôt en anglais parsemé d’italien, donne un charme fou à l’ensemble. Qui n’aimerait pas avoir la liberté de
passer de l’une à l’autre pour profiter de la richesse des deux.